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L’accusation a réclamé vingt années de réclusion criminelle pour le meurtre de Mireille Cabrespine, en février 2010 au Lherm. La qualité de la défense n’a pas suffi.

«Il était peut-être amoureux mais surtout jaloux, très jaloux !» La voix de l’avocat général Pierre Bernard, limpide, traverse la salle d’audience de la cour d’assises de la Haute-Garonne dans le silence. Sur son banc d’accusé, Jean-Yves Soyez, 63 ans, ex-patron d’hypermarché amoureux fou d’une de ses employées, fixe ses chaussures, mal. Déjà mardi soir, dans une salle vide après des applaudissements aussi mal venus que lourdement photo DDM, sanctionnés (notre édition d’hier), Mes Malika Chmani et Jean-Luc Forget avaient transformé en cauchemar les souvenirs de «l’amoureux» pour mieux mettre en exergue les qualités de la victime, Mireille Cabrespine, 49 ans.

Pierre Bernard requiert en avocat général redoutable, sans excès mais sans oubli. Hier matin sa démonstration de 90 minutes laissait peu de place à la défense. «Ce soir-là, il y est allé lui dire de ne pas partir. Ça me paraît évident même si lui affirme le contraire», affirme le magistrat aux jurés, une seule femme et cinq hommes.

Des jurés, comme absorbés, qui entendent le porte-parole de l’accusation détailler «le massacre» dont a été victime Mireille Cabrespine, surprise dans son lit dans la soirée du 16 février 2010, au Lherm. «Mireille, 1,54 et 48 kg, décrit l’avocat général. Sur son corps, les médecins légistes ont constaté trente-trois plaies et hématomes divers, deux fractures du crâne. Et son œil a littéralement explosé. Elle a essayé de se défendre. Il s’est acharné.»

Une des filles de la victime préfère sortir avant que ses sanglots raisonnent depuis la salle des pas perdus. Et avant de laisser la parole à la défense, Pierre Bernard abandonne l’assassinat «qui ne résiste pas à l’analyse juridique» mais réclame vingt ans de réclusion criminelle aux jurés.

Lourd. Jean-Yves Soyez ne réagit pas. Les visages de ses proches, ses enfants qui le soutiennent sans l’excuser, traduisent l’émotion.

Me Marie-Hélène Pibouleau se lève la première. Elle défend Jean-Yves Soyez depuis le premier jour. Elle le connaît et prévient : «Cet homme de 63 ans c’est un fou, un fou d’amour». D’une voix d’abord douce, l’avocate remet en scène la vie de l’accusé, des «failles» de l’enfance à cet amour «qui engloutit tout, qui dévaste tout, qui accepte tout, même l’inacceptable, même une autre liaison de la femme qu’il aime !»

Me Pibouleau ne cherche surtout pas à salir Mireille Cabrespine, et encore moins ses filles. L’œil sur les dizaines de lettres d’amour non-envoyées par son client, Me Pibouleau affirme : «Et quand il tape, il tape sur son amour perdu, son amour bafoué mais aussi sur lui, sur sa vie, sur tout ça !»

Me Simon Cohen se concentre sur la peine, sur ces vingt ans qu’il refuse, sur le crime aussi. «Le crime passionnel n’est pas une catégorie juridique. Non. Mieux, c’est une catégorie humaine. Jean-Yves Soyez n’a pas tué Mireille Cabrespine. C’est sa souffrance qui a tué Mireille». L’avocat retrouve le ton des grandes heures. Il se bat, pleure presque sur ses amours perdus. «Vous avez, nous avons tous souffert. Nous avons surmonté. Lui non, il ne peut pas. Il porte le germe de la souffrance. Il n’est pas fait pour le bonheur. Il sait pleurer mais il ne sait pas vivre».

Les jurés ont réfléchi, trois longues heures. La défense les a troublés, émus, pas totalement convaincus. Jean-Yves Soyez a été condamné à 18 années de réclusion criminelle. Il a dix jours pour faire appel.

Jean Cohadon

Source: www.ladepeche.fr

Tag(s) : #REVUE DE PRESSE
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