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Nicolas Mousnier


Par Nicolas Mousnier 
Éleveur

LE PLUS. Le prix de la viande en supermarché resté élevé pour le consommateur mais cela ne profite pas assez aux éleveurs. A qui la faute ? Le témoignage de notre contributeur Nicolas Mousnier, éleveur et membre du syndicat, les "Jeunes Agriculteurs".

La viande d'agneau est peu rentable pour le producteur par Ell r. Brown via Flickr / CC Licence by

Je suis producteur d’agneaux dans le Limousin. En supermarché, la viande de mon cheptel se classe dans le haut du panier, sans faire partie du très haut de gamme comme les moutons de prés salés.

 

Ma viande est achetée par l'abatteur 6.20 euros le kilo à raison de 18 kilos par carcasse. Au bout du compte, le kilo de viande est revendu entre 15 et 16 euros en magasin.

 

En comptant ma marge, celle de l’abatteur et de la coopérative, j’en déduis que le supermarché prend le reste, soit entre 7 et 8 euros au kilo.

 

Concrètement, cela signifie que je revends la carcasse à environ 110 euros et qu’elle est revendue –en comptant les pertes– à presque 220 euros en magasin. Pas étonnant alors que la vie soit chère pour le consommateur !

 

Les marges monstrueuses de la grande distribution

 

Pourtant, le rôle de la grande distribution au cours de l’acheminement de la nourriture n’est pas toujours majeur. En ville, par exemple, les commerces de proximité comme les Carrefour Market ou les Monop’ possèdent très rarement leurs propres boucheries, faute de place.

 

Ainsi, il arrive même que le distributeur demande à l’abatteur de couper la viande, de la mettre en bacs, de l’étiquetter voire de l’amener aux portes du magasin… Dans de telles conditions, il est hallucinant que la grande distribution applique de telles marges dans la mesure où son rôle est limité !

 

En position de force, les supermarchés n’hésitent pas à rogner sur la marge des producteurs pour faire des promotions : ainsi, trois à quatre fois par an, on annonce à mon abatteur que la côtelette sera vendue au prix de 12.80 euros et qu’il doit baisser sa marge en conséquence. Tout en sachant que le kilo de côtelette se vend normalement à 18, 19 ou 20 euros...

 

Je n’ai rien contre ces promotions mais la grande distribution reporte la baisse de la marge sur le producteur qui se retrouve, du coup, à vendre sans profit !

 

Sans la PAC, je suis mort

 

Pourtant, nos rapports avec les supermarchés n’ont pas toujours été aussi tendus : il y a quelques années, les producteurs d’agneaux avaient signé un contrat avec Carrefour garantissant une plus-value de 18 centimes d'euros au kilo, répartie entre le producteur et l’abatteur.

 

La marge devait varier selon plusieurs critères objectifs : l’inflation, le prix des matières premières (nourriture des bêtes), le prix du transport (l’essence), la main d’œuvre, le coût de production… Comme la plus-value était assez limitée, Carrefour s’était engagé à nous acheter une grande quantité de viande, une assurance de "volume" comme on dit dans notre jargon.

 

Mais la teneur de ce contrat n’a jamais été respectée, en raison du démantèlement et des problèmes financiers de Carrefour ! Le pire, c’est que nous ne pouvons pas nous désolidariser de ce contrat car pour toucher les aides de la Politique Agricole Commune (PAC), nous devons fournir la copie d’un contrat signé avec les distributeurs.

 

Et ces aides de la PAC me sont vitales : sans elles, je travaillerais à perte puisque je vends ma viande à 6.20 euros le kilo alors que sa production me coûte 8.50 euros…

 

Un rapport de force inégal

 

La grande distribution n’ignore rien de cette colère collective : d’ailleurs, les magasins achètent la paix sociale en ayant recours à quelques partenariats locaux et en en faisant la promotion. Sauf que cette politique locale relève de l’anecdotique… Comment équilibrer le rapport de force ? Ce n’est pas facile car notre syndicat n’a rien à vendre directement et pèse peu.

 

Et lors de ces négociations, les magasins nous présentent des résultats faibles voire négatifs pour masquer leurs marges. Philippe Chalmin, président de l’Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires, m‘a d’ailleurs confirmé cette information.

 

Après, je reconnais que notre syndicat doit aussi se remettre en question : il n’y a pas de vraie logique de filière, nous ne mutualisons pas assez les coûts, les structures doivent être regroupées et certains confrères la jouent solo… Mais malgré tout, je ne peux m’empêcher de constater à quel point la grande distribution nous étrangle.

Tag(s) : #REVUE DE PRESSE
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