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par Noëlle Mennella et Dominique Vidalon
PARIS (Reuters) - La profonde restructuration des actifs de
Carrefour en Belgique pèsera sur son exercice 2010 et lui fera perdre des parts de marché au profit de ses rivaux locaux Delhaize ou Colruyt, sans lui garantir pour autant un redressement durable de sa rentabilité dans ce pays.
Le plan annoncé le 23 février pourrait en fait n'être qu'une étape vers une sortie totale du pays, estiment des analystes.
Ils ajoutent que le numéro deux mondial de la distribution aurait déjà quitté la Belgique s'il avait trouvé preneur pour ses hyper et supermarchés, dont beaucoup sont structurellement déficitaires.
Les syndicats sont montés au créneau pour défendre l'emploi de 1.672 salariés menacés par la fermeture de 21 magasins belges. Trois réunions se sont déjà tenues entre la direction et les syndicats et deux autres sont programmées lundi et mardi.
"La Belgique est le seul pays d'Europe où
Carrefour a des problèmes structurels. Il n'y a pas d'avenir dans ce pays. Carrefour ne peut que tenter d'alléger son poids. Il ne pourra pas transformer la citrouille en carrosse", commente un expert sous couvert d'anonymat.
Les ventes en données comparables ont reculé de 4,5% dans les hypermarchés belges de
Carrefour et de 3,6% dans ses supermarchés. Aujourd'hui, 27 des hypermarchés et 25 des supermarchés du groupe sont dans le rouge sur un total de 56 hyper, tous gérés en propre, et 378 supermarchés, dont 61 intégrés.
Citigroup se demande aussi si le distributeur compte à terme se désengager de ses autres magasins belges, et juge qu'il serait logique de les transférer vers des franchises ou des partenaires, ou de les vendre à une tierce partie.
POSITIONNEMENT PROBLÉMATIQUE
Justin Scarborough, analyste chez RBS, déclare qu'à court terme il "ne voit pas beaucoup de lumière au bout du tunnel et qu'à plus long terme il n'y a aucune garantie pour que les restructurations annoncées améliorent les affaires de
Carrefour".
Or, poursuit-il, "soit
Carrefour améliore sa rentabilité, soit il devra quitter le marché belge".
Depuis 2000, les performances du groupe en Belgique ont plutôt déçu malgré les mesures prises notamment en 2007 quand le distributeur a fermé 16 magasins et supprimé 900 emplois.
Pierre Edouard Boudot, analyste chez
Natixis, pense que "le plan risque de peser sur 2010 mais que le marché est prêt à prendre cela en compte si le but est de créer une base saine où ce qui restera de la Belgique sera rentable de manière pérenne".
Cette issue est plutôt jugée improbable par les analystes, étant donné qu'en Belgique
Carrefour doit compter avec Colruyth, jugé très compétitif en termes de prix, et Delhaize, apprécié pour l'étendue de son offre produits.
"Sauf à avoir un
Carrefour près de chez soi, les consommateurs n'ont aucune raison d'aller chez Carrefour au regard de son positionnement en matière de prix et de choix par rapport à ses deux concurrents", commente un analyste.
Le distributeur n'a donné aucune indication sur le montant des charges de restructurations associées à son projet. Les analystes les évaluent entre 150 et 300 millions d'euros.
Carrefour a réalisé en Belgique un chiffre d'affaires de 4.534 millions d'euros en 2009, sur des ventes consolidées d'environ 87 milliards, pour une marge opérationnelle estimée à environ 1,3% contre près de 3% pour la France.
BRAS DE FER AVEC LES SYNDICATS
En termes de parts de marché,
Carrefour s'est fait devancer par Colruyth en 2009, mais reste devant Delhaize.
Le français détient actuellement quelque 24,5% des parts du marché belge, contre environ 30% en 2000, tandis que Colruyth en a 24,7% et Delhaize 21,5%.
A l'issue du plan, les analystes estiment que
Carrefour perdra entre 3% et 5% de parts de marché.
Même si
Carrefour a exprimé sa volonté "absolue" de rester en Belgique, où il dit vouloir "développer ses activités à long terme", les syndicats craignent eux aussi que les projets annoncés ne soient qu'une première phase vers la sortie du pays.
Le bras de fer avec les syndicats risquent d'être rude dans cette filiale du groupe français où 90% des salariés sont syndiqués. D'autant que l'émoi suscité par la fermeture de l'usine
Renault et ses 3.100 licenciements à Vilvoorde en 1999 est encore bien présent dans les esprits.
L'annonce du plan de restructuration a déjà provoqué une grève dans tous les magasins
Carrefour belges, qui a coûté au groupe 14 millions d'euros, selon Carrefour, mais 40 millions d'après les médias locaux. Les syndicats attendent les réponses à 70 questions qu'ils ont posées à la direction avant d'envisager des suites à ce mouvement.
"On va préserver nos forces plutôt pour les semaines à venir quand on devra vraiment négocier. Pour l'instant, on ne bouge pas", a résumé Myriam Delmée, vice-présidente du syndicat BBTK.
La longueur du processus d'information et de consultation des instances représentatives du personnel devrait retarder la mise en route de ce projet que
Carrefour dit vouloir engager d'ici à la fin juin.
Avec la contribution d'Antonia Van de Velde et Ben Deighton à Bruxelles, édité par Dominique Rodriguez

source les echos.fr
Tag(s) : #REVUE DE PRESSE

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