"Travailler plus pour gagner plus". Chacun aimerait croire à cette évidence mais force est de constater que pour de nombreux Français, le revenu du travail assure de moins en moins un plus grand accès à la société de consommation.

Les Français s'estiment perdants

"Le pouvoir d’achat est la quantité de biens et de services que l’on peut acheter avec le revenu disponible. Il suffit donc que la hausse des revenus dépasse celle des prix pour que le pouvoir d’achat progresse", définit le rapport du conseil d'analyse économique sur la mesure du pouvoir d'achat.

Le pouvoir d'achat dépend donc à la fois de la croissance qui permet de dégager des gains de productivité, du grain à moudre, redistribué en partie sous forme de hausse de salaires, et du coût de la vie (l'inflation).

De façon très nette, depuis 2004, les Français estiment que leur pouvoir d'achat (en noir) décroche alors que les chiffres ne montrent, qu'à première vue, un ralentissement (en bleu).

Evolution pouvoir d'achat (bleu) et solde d'opinion (noir)
Evolution pouvoir d'achat (bleu) et solde d'opinion (noir)

Modération salariale

Qu'en est-il réellement? Depuis 2002, le pouvoir d'achat du revenu disposnible (après déduction des impôts, des cotisations sociales, addition des transferts sociaux, et déduction de l'inflation) est passé sous la barre des 2% par an.

Son affaissement n'est pas récent, il date du choc pétrolier de la fin des années 70 et son choc d'inflation qui s'est traduit par une modération salariale depuis trente ans, défendue par la politique de la désinfaltion compétitive.

Par tête, le pouvoir d'achat nominal a ainsi doublé en 18 ans entre 1950 et 1968 alors qu'il a fallu presque deux fois plus de temps pour qu'il soit multiplié de nouveau par deux entre 1968 et 2000.

Pour 9 Français sur 10 qui sont salariés, "1978 marque une rupture très nette: la croissance du pouvoir d'achat des salaires s'affaisse (+0,5% par an entre 1978 et 1991) et devient quasi nulle dans la première moitié des années 1990 (+0,2% par an). Cette croissance redevient positive entre 1997 et 2002 mais ce mouvement est à nouveau interrompu depuis", retrace Pierre Concialdi, chercheur à l'Irès (Institut de recherches économiques et sociales), dans Regards sur l'actualité, "La relance du pouvoir d'achat".

La faiblesse salariale a été aussi contrainte par la progression sensible des cotisations sociales. Elles sont passées de 26% du coût salarial (salaire + cotisations) en 1959 à 41,1% en 2007.

Evolution du pouvoir d'achat annuel moyen
Evolution du pouvoir d'achat annuel moyen

Les gagnants et les perdants

Mais tous les Français ne sont pas exposés de la même manière à la modération salariale. Sur la dernière décennie, on s'aperçoit que les classes moyennes sont les grandes perdantes.

Selon la formule de Jean-Philippe Cotis, directeur de l'Insee, "le salarié médian est à la fois distancé par les hauts salaires et rattrapé par les bas salaires."

Résultat: entre 1996 et 2006, la moitié des Français gagnant un salaire médian de 2.050 euros bruts n'a perçu que 119 euros brut supplémentaires par mois en dix ans (+6,2%) contre 131 euros pour les 10% des Français les plus pauvres (+10,5%), 241 euros pour les 10% les plus riches (+6,2%) et 5.426 euros pour les 0,1% les plus riches (+28%)

Evolution salaires entre 1996 et 2006
Evolution salaires entre 1996 et 2006

Les très hauts revenus (20% les plus riches) s'échappent du peloton grâce aux salaires mais aussi à la hausse de leur patrimoine immobilier et financier (32 % de leur revenu disponible).

Les plus modestes (20% des plus pauvres) profitent quant à eux des hausses du SMIC et des prestations sociales (52% du de leur revenu disponible contre 25 % à 35 % pour les autres ménages).

Inflation contrainte

La sobriété salariale pour la classe moyenne se traduit par des coups durs pour le pouvoir d'achat quand l'économie connait des pics d'inflation. 2008 a fait partie des pires années pour le pouvoir d'achat qui a ralenti à +0,6%, complètement grignoté par la hausse des prix.

Les Français s'en aperçoivent le plus dans les grandes surfaces. Entre février 2007 et février 2008, les prix alimentaires ont crû de 5 %. Selon l'Insee, parmi cinq produits de base, le prix de la baguette s'est accru de 4,1 % entre juin et novembre 2007, puis s'est stabilisé de novembre 2007 à janvier 2008. Pour le beurre, les pâtes alimentaires et le lait UHT demi-écrémé, la hausse a été beaucoup élevée, de l’ordre de 9 %.

L'inflation ampute encore plus le budget des ménages lorsqu'on tient compte des dépenses contraintes (loyers, électricité, gaz, abonnement téléphone-internet, assurances…), difficiles à couper ou revoir à la baisse à court terme.

"La part des dépenses pré-engagées a fortement augmenté sur longue période, passant de 13,4 % en 1959 à 29,0 % en 2006", note le rapport Quinet sur la mesure du pouvoir d'achat. Et pour les 20 % de ménages les plus pauvres, les dépenses contraintes représentaient 75 % de leur budget en 2006.

En intégrant ces dépenses et en calculant le pouvoir d'achat par unité de consommation (c'est-à-dire en tenant compte de la démographie et des dépenses que l'on peut partager au sein d'un ménage) on remarque qu'il n'a pas augmenté de 0,6% en 2008 mais qu'il a... baissé de 0,7%.

Si 2009 a été une année assez bonne pour les consommateurs grâce à une inflation plate, 2010 s'oriente mal.