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Découvrez qui est Rami Baitièh, le nouveau patron de Carrefour France

Le distributeur a annoncé hier, le 15 juin en fin d’après-midi, la nomination de Rami Baitiéh à la tête de Carrefour France. LSA a eu la chance de rencontrer fin mai ce dirigeant de 49 ans aux méthodes originales et à la volonté de fer qui a fait ses preuves à l’international. Découvrez qui il est.  

Rami Baitièh, le nouveau patron de CarrefourFrance qui prendra ses fonctions le 1er juillet, a fait toute sa carrière dans le groupe, dont une bonne partie à l’international. Ce franco-libanais de 49 ans, diplômé de l’ESC de Compiègne, débute chez Carrefour dès sa sortie de l’école, en 1994, comme manager stagiaire dans l’hypermarché de la ville. Son directeur de l’époque, Noel Prioux, actuel patron du Brésil et ex-patron de Carrefour France, le repère sans tarder. Le jeune manager se distingue en imaginant un outil informatique (sur Lotus) de gestion des commandes et des stocks, destiné à remplacer le bon vieux cadencier papier, rempli 3h par jour à la main. Le programme qu’il écrit lui-même avec ses quelques notions de code a un tel succès qu’il est chargé de le présenter et le déployer dans les autres magasins de la région puis en France. Il exerce ensuite des fonctions au siège, notamment comme acheteur, puis responsable des produits non marchands.  

En 2006, après 11 ans en France, il débute un long parcours international qui va lui permettre d’exercer dans 6 pays différents. Il commence par la Pologne, comme directeur de l’organisation et des systèmes d’information. Cinq ans plus tard, il part en Turquie, comme directeur marchandises et supply chain. C’est là où il imagine sa fameuse méthode du 5/5/5 en discutant avec un responsable de magasin, comme il le raconte dans l’interview qu’il nous a consacré il y a trois semaines (cliquez ici). Rebelote au même poste en Roumanie deux ans et demi après.

Il relance Taiwan, l’Argentine puis l’Espagne

 

En février 2015, il part piloter son premier pays pour Carrefour, Taïwan, business unit d’hypermarchés qu’il réussit à transformer en trois ans pour en faire l’un des pays les plus rentables du groupe. Là où Carrefour vient d’acquérir 224 magasins de proximité pour s’y renforcer encore. Il y est repéré par Alexandre Bompard, alors tout nouveau PDG du groupe, qui lui propose, un mois après sa visite dans le pays, en février 2018, d’aller redresser l’Argentine, pays très complexe socialement, très bataillé, et où Carrefour perdait beaucoup d’argent. « Ça saignait », explique celui qui, en quelques mois, toujours en s’appuyant sur sa méthode, redresse les ventes. Il revient au break even (à l’équilibre) en dix mois.

Fin avril 2019, il est envoyé en Espagne, troisième chiffre d’affaires du groupe avec près de 10 milliards d’euros de CA. L’effet est immédiat. Dès juillet, les résultats trimestriels redeviennent positifs avec 1,7 million de passages en caisse gagnés sur le seul second semestre de 2019 et des ventes en like for like qui progressent de 1,5 %. Quelques jours après son arrivée à Madrid, il a fait mettre son adresse mail sur le site internet pour permettre aux clients de lui adresser leurs réclamations directement. « Mes cadres me disaient que les clients étaient contents, j’ai voulu vérifier par moi-même. Je n’ai pas été déçu, avec 50 mails dès le premier jour. Croyez-moi, cette première prise de conscience a accéléré la transformation. »

La méthode du 5/5/5, client centric

Sa recette ? Écouter les clients et appliquer à grande échelle le fameux 5-5-5. « Partout où j’ai eu recours à cette méthode, le like for like (ventes à parc constant, NDLR) est redevenu positif », explique le futur patron de Carrefour France. Le principe ? Appuyer la conduite de l’entreprise sur les 15 points de la relation et de la satisfaction client sur lesquels elle doit concentrer ses efforts, en affichant des promesses et des garanties fortes, comme le remboursement immédiat et sans limite de temps des produits non alimentaires (la règle du « siempre si », dire « toujours oui » au client) ou du double de la différence en cas d’erreur de prix, etc. Et aussi être totalement focus sur la réalisation de cet objectif en entrainant ses équipes avec lui.

Depuis, « L’Argentin », comme le désignait un titre de la presse économique espagnol, en référence à son petit accent porteño (qui qualifie les habitants de Buenos Aires) hérité de son passage dans la pampa, a remis les équipes au boulot. Fini les quatre jours et demi de travail par semaine au siège d’Alcobendas, qui se vidait souvent le vendredi après-midi. Désormais – et la crise a sans doute beaucoup aidé à cette remobilisation –, tout le monde est sur le pont, en mode 7/7 s’il le faut, à coups de visioconférences. L’organisation normale a été maintenue, mais doublée de celle liée au coronavirus : la réunion de crise quotidienne du soir ; des groupes de travail dédiés aux priorités Covid, comme l’approvisionnement en masques par exemple ; et une conférence tous les mois avec les effectifs du siège.

Un parcours à suivre

C’est un autre trait caractéristique de Rami Baitiéh, il mouille la chemise. « C’est une formule 1, explique une ex-cadre du groupe qui l’a côtoyé. Il est inépuisable. » À Taïwan, il forme lui-même 4 000 des 9 000 salariés à ses nouvelles méthodes dans des grands amphis d’université. En Espagne, trois semaines après le début de la pandémie, l’absentéisme, dans ce pays soumis à un confinement très strict et à une mortalité inquiétante, grimpe en flèche. Il envoie alors à tous ses collaborateurs une vidéo le montrant en train de remplir les rayons, où il lance un appel au civisme pour aider à nourrir le pays. « Peu de monde avait envie d’aller en magasin pour un salaire de 1 000 € par mois, mais pour sauver des vies, oui. La société avait besoin de nous. J’ai voulu souligner la valeur de leur travail pendant cette période. » Message reçu. L’absentéisme, qui dépassait les 15 %, redescend en flèche pour n’atteindre aujourd’hui que 3 % en moyenne.

Enfin dernière vertu cardinale pour un groupe comme Carrefour où les 248 hypers français pèsent encore très lourd (environ 20 Mrds d’euros de CA sur les 38,8 réalisés par le groupe en France en 2019), Rami Baitièh croit plus que jamais que « l’hypermarché est le meilleur modèle de distribution dans le monde post-Covid qui se profile, le plus sécurisant pour les clients, comme les collaborateurs ». Preuve à l’appui : depuis début juin, Carrefour Espagne est la première enseigne espagnole et, à notre connaissance, européenne, à afficher en magasin une certification Libre del Covid (« sans Covid ») sur ses processus de sécurité sanitaire, garantie par l’Afnor locale, l’Aenor.

Un tel parcours ne pouvait pas passer inaperçu. D’autant que l’Espagne a souvent été un tremplin pour les grands managers de l’entreprise. José Luis Duran, ex-PDG, y a fait ses classes aux finances ; Georges Plassat fut un temps DG de l’Espagne, avant de devenir PDG du groupe ; Noël Prioux y est passé avant de prendre la France. Tout comme Pascal Clouzard, l’ex-patron de Carrefour France qui laisse sa place à Rami Baitiéh.

Bel enjeu aussi pour Alexandre de Palmas, bientôt 46 ans et patron de la proximité de Carrefour France qui vient d’être nommé à la tête de l’Espagne. Il sait à quoi s’attendre...

Découvrez qui est Rami Baitièh, le nouveau patron de Carrefour France

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