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Sur internet, les journaux de confiné.e.s célèbres ou anonymes se multiplient. Un livreur Deliveroo parisien et une caissière bretonne nous livrent leur journal, celui de celles et ceux dont la "survie" passe aussi par le fait de continuer à travailler à l'extérieur.

Journal de non-confinement : une caissière et un livreur

Sous le statut d'auto-entrepreneur, Vincent travaille en tant que livreur pour la plateforme Deliveroo. S'il arrête de travailler, il n'est pas indemnisé. Pour protéger ses proches, il a décidé de vivre seul. Il tient son journal de non-confinement depuis le lundi 23 mars : 

Il y a au moins dix zones de contacts dans un immeuble pour un livreur. Je fais descendre les clients en bas de l'immeuble pour éviter tout contact avec les parties communes. Aujourd'hui je devais livrer une pizza. Le client m'a demandé si je n'utilisais pas le coronavirus comme excuse à ma fainéantise...

Mercredi 25 mars : 

J'ai livré énormément de glaces, une bouteille de vin dans le 16e, et même des petites décorations à mettre sur les gâteaux.

Les contrôles de police s'intensifient. Beaucoup de livreurs sans papiers ont donc préféré rester chez eux.

Des policiers contrôlent un livreur Deliveroo
Des policiers contrôlent un livreur DeliverooCrédits :  JEAN MICHEL MART - Maxppp

Vendredi 27 mars :

Avec les couvre-feu, l'activité baisse.Mais les gens continuent de commander des choses qu'ils pourraient très bien acheter en bas de chez eux ; Aujourd'hui j'ai livré des bières, des glaces et des sushis. Ces plateformes jouent avec nos vies...pour ça !

Des livreurs deliveroo devant un Mc Donald fermé au public
Des livreurs deliveroo devant un Mc Donald fermé au public Crédits :  Sébastien Muylaert - Maxppp

J'ai bien réfléchi, je pense arrêter. 

Mireille*, vingt-six ans, travaille comme caissière dans un magasin de grande distribution discount pour environ 1100 euros par mois. Elle aussi, tient son journal de non-confinement depuis le lundi 23 mars : 

Le concurrent est équipé d'un filtrage à l'entrée et les caissiers et caissières ont des masques. Ce n'est pas le cas chez nous. On se lève le matin pour rendre service à notre employeur mais il joue avec nos vies. 

Les gens achètent au jour le jour, des choses non-essentielles comme des bières. 

Mercredi 25 mars :

On me demande de faire le vigile, de surveiller les distances de sécurité entre les gens. J'ai répondu que ce n'était pas mon rôle. 

Je porte depuis cinq jours le même masque. Mes employeurs m'ont soutenu qu'ils sont lavables. Ce n'est pas vrai, ce sont les mêmes que ceux des infirmiers, à changer toutes les trois heures. 

Vendredi 27 mars, comme pour Vincent, le moral est en baisse : 

J'ai appris le décès d'une caissière à Saint Denis. Je ne suis pas très rassurée...

Reportage : Emilie Chaudet  

Réalisation : Emmanuel Geoffroy

*Le prénom a été changé. 

Merci à Vincent Fournier, Jérôme Pimot, Arnaud Rouxel, à Mireille, et à Vianney Louis.

Depuis l’enregistrement de cette émission le 27 mars, Vincent  a tout de même essayé de retravailler deux jours cette dernière semaine, puis a à nouveau renoncé. Il espère toucher une aide de l’Etat pour le mois d’avril. En attendant il a reçu ses parents lui ont proposé un coup de main pour subvenir à ses besoins. Il y réfléchit. 

Mireille travaille toujours à la caisse mais bénéficie de nouvelles protections dont une visière qui lui couvre tout le visage. Elle est en bonne santé.

Pour aller plus loin sur l'actualité :

Article du Monde sur le décès, vendredi 27 mars, d’une caissière travaillant chez Carrefour, âgée de 52 ans.

Article de La Croix sur les primes annoncées pour certaines enseignes de la grande distribution. La mesure divise : signe de reconnaissance ou incitation à aller travailler en dépit de conditions de sécurité non assurées ?

Article du Figaro sur la mise en place par le gouvernement d'un guide des “bonnes pratiques” pour les différents secteurs exposés afin de répondre au “double-enjeu” de continuité de l’activité économique et de la protection des salariés. 

Article du Figaro sur les salariés de Carrefour à Vitrolles, dans les Bouches-du Rhônes, exerçant leur droit de retrait depuis le lundi 30 mars, pour exiger  “la mise en place de mesures d’hygiène et de protection”. 

Article du Parisien expliquant le fonctionnement du droit de retrait. 

Article de l'Humanité sur les mesures sur lesquelles tablent les plateformes numériques pour garantir la sécurité des livreurs (en s’appuyant sur le guide pratique publié par le gouvernement). 

Pour aller plus loin dans la réflexion : 

Interview dans Libération du sociologue Camille Peugny, sur les réels “premiers de cordées”, les invisibles rendus visibles par la crise. 

Analyse par le Monde de la crise, accélératrice de la fracture sociale et du risque d'une “giletjaunisation” pour le gouvernement.  

Chanson de fin : Dirty Paws de Of Monsters And Men

Journal de non-confinement : une caissière et un livreur

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