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Coronavirus Des précautions dans la grande distribution, mais aussi un malaise face à certains clients : "Ça flâne en rayons"
À l'hypermarché Carrefour de Nevers-Marzy, le personnel côtoie des centaines de clients tous les jours. Malgré un maximum de précautions qui rassurent, le comportement insouciant d’une partie de la clientèle provoque du stress.

Ils sont en première ligne, pour la bonne cause : assurer la subsistance de tous en biens de première nécessité… Mais pas seulement. Le personnel de la grande distribution voit aussi défiler les clients qui se promènent, et qui font parfois « comme si de rien n’était ».

« Tout le niveau sanitaire est bien respecté » salue Franck, employé de longue date à Carrefour, entre vitres en plexiglass aux caisses, gel, gants, jusqu’aux masques, désormais deux par jour et par employé. « Les horaires ont changé, il y a davantage de libre-service, pas de contact aux caisses et les clients reçoivent même du gel hydroalcoolique à l’entrée. ».

Un client m’a demandé si c’était carnaval en me voyant masquée.

Si les salariés saluent les mesures de précaution prises par leur directeur, ils n'en disent pas autant d'une partie de la clientèle. Isabelle, assistante de caisse, avoue « beaucoup de fatigue morale » face à des comportements nonchalants : « Un client m’a demandé si c’était carnaval en me voyant masquée. D’autres flânent dans les rayons comme si c’était les vacances. J’en ai même vu un secouer son mouchoir en tissu devant une collègue. On voit aussi des gens agaçés car ils ne trouvent pas ce qu’ils cherchent, sans savoir qu’on a des collègues qui prennent à 2 h du matin pour garnir les rayons. Ils veulent que tout soit comme d’habitude, ça nous met en colère. »  

Sandrine, à l’accueil depuis 19 ans, renseigne les clients, gère les retours et les réclamations. Malgré les précautions, « On est assez stressé quand même, surtout par des clients exigeants qui demandent, par exemple, qu’on les aide à charger leur voiture. Il y a des jours où on se serait cru à Noël ! Je suis souvent obligé de demander aux gens de reculer. Voir des couples avec enfants, c’est rageant. Ils ne se rendent pas compte que c’est dangereux, pour eux comme pour nous. Heureusement, il y a de la solidarité entre nous et d’autres clients qui ont des petits mots sympas comme "bon courage", qui offrent même des boîtes de chocolats. Ça fait plaisir. »

« Pour certains, c’est la sortie de la journée... ça se relâche énormément »

Kevin, également à l’accueil, observe que si les quinze premiers jours de confinement ont été plus calmes que d’habitude, « on ressent un relâchement total. Les gens viennent acheter de tout, et en famille. Il y a quelques clients sympathiques, mais d’autres sont plus désagréables, insistent pour avoir ce qu’ils veulent. C’est la sortie, sous prétexte de courses. Cela crée énormément de stress. »

Fabienne, vendeuse en rayon loisirs-plein air, confirme ce malaise qui ne tient pas au fait de venir travailler : « On a un peu peur, et on est un peu en colère aussi face aux comportements. Il y a des clients qui continuent de vivre leur vie comme si de rien n’était. Qui ne respectent pas les distances, qu’il faut faire reculer… Ce n’est pas évident à vivre. Il y a des comportements irrespectueux, même de la part de gens d’un certain âge. Pour eux, c’est comme d’habitude. C’est la sortie de la journée. Il y a des gens qui viennent tous les jours, ils ne devraient pas, et pas en famille. Ça se relâche énormément. »

Le positif, c’est qu’on a quand même aussi des clients adorables, qui font attention, qui nous disent "courage à vous" et "merci".

Dans un rayon qu’on pourrait croire plus que secondaire vues les consignes, Yannick, vendeur électroménager-multimédia, est loin de chômer. « Il y a des choses indispensables qui ne sont pas alimentaires : on a vendu une quantité astronomique d’imprimantes, puis de cartouches d’encre et même de tondeuses à cheveux... Avec la fermeture des coiffeurs, le rayon est quasiment vide ! »
Pour lui aussi, « le gros point noir, c’est l’attitude des gens qui ne tiennent pas compte du danger, qui viennent en couple avec les enfants, pour qui c’est la promenade, le lieu de rencontre même. Ça flâne en rayons. Comme si de rien n’était… Parfois, on a l’impression que le confinement n’existe pas. Certains ne se rendent pas compte qu’ils prennent un risque. C’est ce côté qui est pesant. Parfois, on est obligé de demander à des clients de reculer… Le positif, c’est qu’on a quand même aussi des clients adorables, qui font attention, qui nous disent "courage à vous" et "merci". Si seulement les gens venaient seuls, ce serait beaucoup plus rassurant. »

Une attitude de bon sens, en cette période particulière, qui éviterait aussi que le filtrage mis en place à l’entrée du magasin soit contraint de ralentir le flux. « Parfois, dès l’ouverture. »

Coronavirus Des précautions dans la grande distribution, mais aussi un malaise face à certains clients : "Ça flâne en rayons"

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