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Dans les supers et hypermarchés, les hôtes de caisse sont encore à 90 % des femmes. Elles étaient 150. 000 il y a dix ans. Elles ne seront plus que 120. 000 dans cinq ans. Mais en réalité, leur métier évolue vers la polyvalence. Conseil aux clients, mise des produits en rayon : le secteur réfléchit à leur avenir. Partout, les systèmes d'encaissement automatique se sophistiquent, du paiement par smartphone à la reconnaissance faciale.

Pourquoi les caissières vont complètement disparaître

Ils jurent tous leurs grands dieux que, non, bien sûr, les caissières ne vont pas disparaître. «Les magasins sont des lieux de vie où les gens aiment échanger», répète à l'envi Dominique Schelcher, le président de Système U. La chaîne de supermarché Jumbo, aux Pays-Bas, a créé en juillet dernier la première « caisse de bavardage ». « Nous souhaitons que les courses soient amusantes, qu'elles ne se fassent pas dans la précipitation » expliquait le dirigeant Dick de Fijter, à la revue spécialisée « Gondola ». Le concurrent Albert Heijn propose des « caisses tranquilles » auxquelles passent les clients non pressés.

Les mêmes dénient que l'hypermarché soit mort, même si les très grandes surfaces ont tiré un trait sur leurs rayons non alimentaires et le credo originel du « tout sous le même toit ».

 

Magasin automatique

La menace qui pèse sur les caissières n'est pas le délire d'une Cassandre. « Toutes les enseignes pourraient se passer de caissières », expliquait il y a déjà quatre ans sous couvert d'anonymat, le directeur de la communication d'un grand distributeur. Casino expérimente à grande échelle  le magasin automatique. Le Géant d'Angers, qui ouvre sans personnel le dimanche après-midi, a fait grand bruit. Pas un employé sur 5.200 mètres carrés, seuls 3 ou 4 vigiles. Quelque 80 magasins du groupe Casino, dont des Franprix, se dispensent de salariés le soir de 21 heures à minuit, le dimanche après-midi, ou même  24 heures sur 24.

Amazon a inauguré en janvier 2018 à Seattle son premier  Amazon Go , un point de vente sans caisse. Un système de capteurs volumétriques et de caméras suit le consommateur et détecte ce qu'il prend dans les rayons. Le client a enregistré ses coordonnées bancaires au préalable. Un algorithme fait l'addition, le compte est débité dès la sortie. On ne dénombre encore qu'une dizaine d'Amazon Go. Ils indiquent le sens de l'histoire. Au Texas, Walmart teste, depuis la fin 2018, un Sam's Club, sa formule d'entrepôt discount, sans caissier.

A l'autre bout du monde, en Chine, Alibaba et Tencent généralise le paiement par  reconnaissance faciale . Pas même besoin de sortir son smartphone et ses applications Alipay et WePay. Partout, les systèmes qui raccourcissent l'attente en caisse se sophistiquent. Un sondage « LSA »-Toluna montre que 60 % des clients des hypermarchés détestent faire la queue. Monoprix a lancé sa solution Easy. Le client scanne les codes-barres avec son téléphone puis paie en ligne. Ce que les professionnels appellent le « self-scanning » existe depuis des décennies. Il se pratiquait jusqu'à présent avec des « douchettes portatives ». Le rêve d'un tunnel qui scannerait le contenu du chariot ne s'est jamais réalisé, mais il prend forme par petites touches.

Résumons. Les caissières - on les appelle hôtes et hôtesses de caisse, mais elles sont encore à 90 % des femmes - auront de moins en moins de produits à scanner. Elles effectueront l'encaissement de moins en moins souvent. Le champ de leur travail se réduit comme une peau de chagrin.

Les supers et hypermarchés, mais aussi les grandes surfaces spécialisées comme Leroy Merlin, multiplient aussi les îlots de caisses automatiques où le client oeuvre seul. Un employé aide et surveille 5 à 6 caisses automatiques. Renaud Giroudet, directeur des affaires sociales à la Fédération du commerce et de la distribution, explique que six caisses automatiques remplacent environ deux caisses traditionnelles.

 

Le SBAM

La désaffection des hypermarchés a également conduit les distributeurs à supprimer la traditionnelle « ligne de caisses » qui agissait comme une frontière. C'est le cas du Carrefour de Dijon. Gérard Mulliez, le fondateur d'Auchan, avait érigé le SBAM en règle d'or. « Sourire, bonjour, au revoir, merci » : la caissière devenait hôtesse avec une fonction d'accueil. C'est peut-être tout ce qu'il restera. Les vestales du tapis roulant qui entretenaient le feu sacré de la consommation de masse s'effacent du paysage.

L'e-commerce, enfin, a tué le métier. En ligne, c'est le client qui joue à la marchande. En deux clics, il commande. En un, il paie. Internet représente, selon les secteurs, entre 5 % et 20 % des ventes.

Employés polyvalents

Que vont devenir alors les 135.000 caissières de la distribution, soit 20 % des effectifs du secteur ? Les professionnels tablent sur une baisse de 5 % à 10 % dans les 5 ans. Les statistiques ont un angle mort. La grande majorité des effectifs des grandes surfaces sont des employés commerciaux, un statut polyvalent. Or la polyactivité empêche la précision des décomptes. En réalité, nombre de caissières exercent déjà un autre métier. Dans les magasins de proximités, ceux que l'on fréquente à Paris intra-muros, 90 % du personnel alterne entre l'approvisionnement des rayons et la caisse. Le pourcentage est de 60 % dans les supermarchés et de 20 % dans les hypers.

Signe des temps, la Fédération de la distribution réfléchit avec la Direction du travail et les syndicats à l'évolution du métier. Un diagnostic est en cours. L'idée est de faire évoluer les caissières vers des fonctions polyvalentes. Carrefour emploie 30.000 hôtes et hôtesses de caisse. Le groupe a provisionné 100 millions d'euros pour les former au conseil du client. Sachant que le métier de caissière est l'un des derniers pour les personnes sans qualification, le sujet est socialement explosif.

Philippe Bertrand

Pourquoi les caissières vont complètement disparaître

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